Dr Kanye & Mr West – Partie I : The College Dropout

Oubliez Jarod, le vrai caméléon c’est Kanye West.

vendredi 15 juillet 2016, par

Génie pour certains, trou du cul notoire pour d’autres, Kanye West a pour habitude de polariser l’attention dans tout ce qu’il entreprend. Sa musique, ses choix vestimentaires et sa vie personnelle sont constamment scrutés et passés au crible par ses fans, ses détracteurs et les médias. Qu’on l’aime ou qu’on le déteste, Yeezy ne laisse que très rarement indifférent.

Nous vous présentons donc une série d’articles intitulée « Dr Kanye & Mr West » au cours de laquelle nous allons analyser son rapport avec la mode et le style à travers un des traits de caractère les plus marquants du personnage : sa capacité à se réinventer. Kanye, à l’image d’un serpent qui mue, a l’étonnante faculté de passer d’un style à un autre sur chaque album, le tout en incarnant un personnage différent, comme le faisait si bien Michael Jackson (calmez-vous les fanatiques, je vous entends déjà vous offusquer). Il ne cesse de se remettre en question à la sortie de chaque nouveau projet et chacune de ces périodes correspond à un changement de sonorités, de style, voire même de façon d’être.


Partie I : The College Dropout

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Kanye aime la mode mais il se cherche. Il se démarque déjà de ses collègues en osant porter des pièces telles que cette en veste en tweed ci-dessus, ainsi que des polos roses qui lui vaudront quelques moqueries dans le milieu. Il tente tout de même d’imposer sa patte, en dépit de ce que pensent les autres.

C’est sa période backpacker : cette bande de rappeurs underground héritiers du mouvement Native Tongues —De la Soul, The Pharcyde, A Tribe Called Quest— du début de années 90, friands de samples de soul et de jazz, dont il fait partie avec d’autres artistes comme Common, Talib Kweli, Yasiin Bey (anciennement Mos Def), The Roots ou encore Dilated Peoples.

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Néanmoins, il affiche déjà son penchant pour les marques de luxe comme Polo —c’est d’ailleurs un auto-proclamé Lo Head, ces fans absolus qui collectionnent les pièces vintage de Polo— ou Louis Vuitton. Son attirance pour le luxe et le bling-bling (le vrai, pas la définition bidon de Laurent Ruquier) fait qu’il est tout de même accepté par le rap game mainstream. Ce n’est pas encore le trendsetter que l’on connait, mais il arrive déjà à fédérer des univers à priori opposés.

On le voit par exemple prendre la pose pour une pub Rocawear, mais on aperçoit une montre Bulgari à son poignet, quand l’élite du rap game arborait fièrement les montres Jacob & Co. tellement clinquantes qu’on aurait cru qu’elles étaient tombées dans une fondue de diamants.

 

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Il fait également partie des premiers artistes à poser pour LRG (ci-dessus), la marque montante qui se démarquait par ses designs colorés et inspirés par la nature ou encore les animaux sauvages.

Mr West était donc déjà perçu par ses pairs et le public comme un paradoxe ambulant, oscillant entre opulence et vintage, vanité et authenticité. Cette double-facette se retrouvait donc sur son album, au sein duquel il alternait morceaux légers (Gold Digger, Breathe In, Breathe Out) et titres plus profonds (Jesus Walks, Last Call).

Sur The College Dropout, Kanye sait qu’il a tout à prouver. A la base, Dame Dash, Jay Z et Karim « Biggs » Burke, les boss du label Roc-A-Fella ne le considéraient que comme un simple beatmaker alors que lui est convaincu de ses talents de MC. Il est sûr de lui mais affiche tout de même une certaine humilité. Ce côté revanchard va cependant peu à peu laisser place à la star mégalo que l’on connait aujourd’hui.

Dans la prochaine partie, nous vous parlerons de sa période Late Registration, moment à partir duquel Kanye To Tha devient l’homme que l’on aime détester.


Artwork : Bureau H