On a écouté : JAY-Z – « 4:44 »

JAY-Z se livre sans concessions sur 4:44.

dimanche 9 juillet 2017, par

On l’attendait sans vraiment s’y attendre et JAY-Z a surpris tout le monde en annonçant la sortie de son treizième album intitulé 4:44.

Une fois l’excitation de l’annonce passée, plusieurs questions m’ont traversé l’esprit. Pourquoi sortir un album quatre ans après son dernier opus Magna Carta Holy Grail ? Que pouvions nous apprendre de plus sur le Michael Jordan du rap ? De quoi allait-il bien pouvoir parler ? Et puis au-delà de toutes ces considérations, ne serait-ce pas l’album de trop ?

Et bien c’est tout l’inverse. C’est l’album qui vient boucler la boucle, celui qui manquait à la discographie riche et dense de Hov. 4:44 est sûrement l’album qu’il a toujours voulu faire. Celui de la maturité, celui d’un homme qui a pratiquement tout vécu et qui veut partager ce qu’il a appris avec les générations futures, que ce soit dans l’industrie musicale, le business ou tout simplement la vie.

Bien plus qu’un ensemble de pistes musicales, ce projet est un recueil de leçons de vie. Et dans sa manière d’aborder les choses, Hov n’a jamais été aussi humble, car son discours est tout sauf condescendant. Sur « The Story Of O.J. », il fait carrément de la gestion de patrimoine en expliquant que s’il pouvait revenir en arrière, il aurait investi dans l’immobilier au lieu de claquer des liasses dans des voitures de luxe. Une petite pique aux rappeurs actuels. Comme il le dit si bien :

« I’m tryin’ to give you a million dollars worth of game for $9.99. »

« J’essaie de vous donner des conseils qui valent des millions pour seulement $9.99. »

Jay fait également la promotion de l’entreprenariat à travers l’album, notamment sur « Smile » ou encore « Family Feud » :

« Fuck rap, crack cocaine, nah we did that. Black-owned things, hundred percent. »

Oubliez le rap et le crack, on a déjà fait ça. (Le but c’est d’avoir) des business black à 100% »

Mais 4:44 est surtout son album le plus intime. Appuyé par les productions teintées de soul d’un No I.D. magistral, il aborde à plusieurs reprises son infidélité (et ses regrets) sur des titres comme « 4:44 » et « Family Feud ». C’est en quelque sorte sa réponse publique au « LEMONADE » de Beyoncé. On ne l’a jamais autant entendu se livrer, afficher ouvertement ses parts d’ombre et sa vulnérabilité. À ce stade, il n’a plus besoin de prouver quoique ce soit à qui que ce soit. Et c’est sûrement la raison pour laquelle il semble aussi libéré et en paix avec lui même. Tout évoque la sérénité, même son flow, beaucoup plus laid back qu’à son habitude. Il parle plus qu’il ne rappe.

4:44 est également un album engagé. Le clip de « The Story of O.J. » en est la preuve. Ses prises de position sur la situation des noirs s’étaient intensifiées ces dernières années, et encore plus récemment. Il a par exemple produit un film sur l’histoire tragique de Kalief Browder, il cherche également à produire un film sur celle de Trayvon Martin. À l’occasion de la fête des pères 2017, il a écrit une lettre ouverte publiée dans TIME Magazine dans laquelle il s’attaque au business malsain des cautions libératoires et a même annoncé qu’il allait en payer certaines pour libérer des pères de famille emprisonnés.

Après avoir écouté cet album des dizaines de fois depuis sa sortie, je ne peux m’empêcher de me dire qu’il ressemble à un au revoir. Hov donne le sentiment du devoir accompli, un peu comme Michael Jordan après son shoot victorieux contre les Utah Jazz qui lui donna son sixième et dernier titre NBA. Espérons juste que Jay ne ternisse pas sa légende en revenant avec l’album de trop, comme Jordan l’avait fait lors de son retour avec les Washington Wizards…