Un génocide se déroule aux USA et personne ne semble s’en soucier

Victimes n°558 et 559 : Alton Sterling & Philando Castile

vendredi 8 juillet 2016, par

Le tout-puissant état américain a quand même un sacré toupet. Les USA se sont permis tout au long de leur histoire d’intervenir dans CERTAINS pays en guerre dans le but d’y faire régner la paix, la démocratie, la liberté ou je ne sais quelle autre intention louable —entre nous, on sait que c’est pour le pétrole mais bon, on va faire comme si on était des idiots—, alors que dans leur propre pays se déroule depuis des décennies un véritable génocide perpétré par la police, dont les cibles privilégiées sont les jeunes hommes noirs. Que ce soit à l’encontre du Mouvement des Droits Civiques et des Black Panthers dans les années 60, ou encore Rodney King en 1992, dont le passage à tabac par des policiers blancs fut la cause des tristement célèbres émeutes de Los Angeles, la police traîne un long dossier de bavures envers les noirs.

L’année 2016 fut particulièrement meurtrière puisque la police américaine a assassiné pas moins de 559 personnes, et nous ne sommes qu’au mois de juillet. Le scénario est souvent le même : un contrôle banal qui tourne au vinaigre, une victime qui s’insurge d’un traitement irrespectueux de la part des forces de l’ordre, un policier qui perd complètement son sang-froid et qui tue (principalement) par balles son interlocuteur non armé. S’en suit alors une indignation générale relayée sur les réseaux sociaux et dans les médias, des célébrités qui utilisent leur voix pour sensibiliser la population ainsi que les autorités à la gravité de la situation… et au final rien.

Alors oui, Barack Obama a versé quelques larmes lorsqu’il évoquait en janvier dernier les ravages causés par les armes à feu, mais la vérité est que les policiers sont quasi systématiquement blanchis à l’issu de ces affaires. Le gouvernement américain a mis en place des caméras portables sur les uniformes de ses officiers, mais au final, celles-ci servent plus à les dédouaner plutôt qu’à montrer leurs abus.

En l’espace de 48 heures, la police américaine, dont la devise est quand même to protect and serve, a une nouvelle fois pris la vie à deux hommes, Alton Sterling & Philando Castile.

– Le premier, vendeur de CD à la sauvette, se fait interpeller par 2 policiers, avant que ceux-ci ne le plaquent et sol et que l’un d’entre-eux sorte son arme et lui tire dessus à bout portant. Il montra de la résistance lors de son arrestation, mais à aucun moment n’a sorti son arme.

– Le deuxième, interpellé avec sa petite amie pour un feu arrière endommagé sur son véhicule, prit l’initiative de prévenir l’officier qu’il était armé mais qu’il possédait un permis de port d’arme. Il proposa à l’officier de le lui présenter, mais celui-ci lui tira à plusieurs reprises dans le bras, à bout portant, pendant que sa petite amie filmait la scène en direct sur Facebook Live.

Notons tout de même qu’en 2015, Dylan Roof, le jeune homme blanc qui a massacré 9 personnes dans une église de Charleston en Caroline du Sud fut simplement désarmé et arrêté, contrairement à 559 de ses concitoyens noirs. Il y a de quoi se poser des questions…

Comme beaucoup d’autres affaires de ce type, ces meurtres mirent le monde entier en émoi, mais on peut craindre qu’une fois la période d’émotion passée, ces officiers soient de nouveau blanchis et que le génocide reprenne son cours. Cependant la frustration au sein de la communauté noire aux USA ne cesse de prendre de l’ampleur, et il ne serait pas étonnant que des affrontements entre la population et les forces de l’ordre aient lieu dans un futur proche.

Photo : TIME


UPDATE : il semblerait que les représailles aient malheureusement déjà eu lieu cette nuit avec les meurtres de 5 policiers à Dallas par 2 sniper pendant une manifestation pacifique contre les violences policières. Selon le chef de la police de la ville de Dallas, l’un des tireurs aurait clairement dit que son but était d’éliminer le plus de policiers possible. Il est vraiment temps que tout cela cesse.